Marie-Monique Robin revient, ses manipulations avec
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27 août 2010 | Actualités | 4 commentaires

Nous publions ici un article d’un ingénieur agronome qui a choisi de rester anonyme.

De la sélection des commentaires

Mme Marie-Monique Robin vient d’ouvrir un nouveau blog – ou plutôt, c’est Arte qui vient d’offrir une nouvelle niche à Mme Robin [1]. L’adresse change, mais, malheureusement pour nous, c’est pour servir la même soupe indigeste.

L’une de ses premières livraisons a été « désastre du coton BT et révélations d’un ancien cadre de Monsanto en Inde », du pseudo-journalisme d’investigation fondé sur l’exploitation de deux sources distinctes, et de deux seulement, « Cotton lessons for Bt brinjal » [2] et « Monsanto ’faked’ data for approvals claims its ex-chief » [3].

À ce jour, ce morceau a attiré une trentaine de commentaires, les uns élogieux comme il se doit, et les autres vertement critiques. Il en est un, cependant, que Mme Robin a cru bon de rejeter par deux fois. Il est reproduit ci-dessous. On peut se demander pourquoi la « modération » selon Mme Robin se traduit, ni plus ni moins, par une censure.

Pour l’auteur du commentaire refusé, André, la réponse est simple : seules sont recevables – puisqu’il serait indécent de les rejeter toutes – les critiques, même férocement marquées au coin du bon sens, qui ne sont pas solidement étayées et/ou qui proviennent d’auteurs que Mme Robin peut facilement classer parmi les suppôts des OGM et de Monsanto.

Des bienfaits de la resucée

Mme Robin s’en sert même comme tremplin ainsi que le montre sa livraison suivante, « Réponses à quelques contre vérités », fondée, là encore, sur une source unique. L’auteur signant La coupe est pleine aurait des liens avérés avec le « lobby pro-OGM » et a eu la mauvaise idée de citer les chiffres de l’ISAAA (International Service for the Acquisition of Agri-biotech Applications) qui serait selon Mme Robin « tout sauf une source fiable », basé qu’il est aux Etats-Unis et financé qu’il est « par des organisations comme la Fondation Rockfeller ou la société Monsanto » ; avec un tel pedigree et une telle source, son commentaire était donc recevable, et même bienvenu.

Notons au passage que Mme Robin a pris la peine de relever par un sic un évident dérapage dactylographique de La coupe est pleine, mais qu’elle a cru bon de s’épargner le trait d’union de « contre-vérités » (ce qui, pour une professionnelle de l’information, fait quelque peu désordre...).

Donc, La coupe est pleine, d’une part, s’étonnait que Mme Robin ait pu qualifier le cotonnier Bt de désastre alors que, selon l’ISAAA, en 2009, « ce maudit coton » (c’est la description ironique de La coupe est pleine) couvrait 92,4 pour cent de la surface de coton indienne ; d’autre part, il relevait qu’il fallait « vraiment que les Indiens soient masochistes pour cultiver autant une plante si nulle ». Mme Robin répond en particulier :

« Chaque année, l’organisme publie un rapport triomphaliste où il constate immanquablement l’augmentation des cultures transgéniques dans le monde. Mais les chiffres qu’il avance sont invérifiables, et parfois en contradiction avec ceux fournis par les pays concernés. C’est le cas notamment de l’Inde , (sic) où ’l’institut annonce pour 2006 une surface cultivée en OGM supérieure de 400 000 hectares à la statistique gouvernementale’, commentait le quotidien du soir (re-sic). » [C’est du Monde du 15 février 2008 dont il s’agit.]

Pourquoi cette référence à 2006, alors que l’on parle de 2009 et qu’on est en 2010 ? C’est qu’il s’agit d’un copier-coller de son blog précédent [4]. Mme Robin a certes fait quelques petites modifications, comme tout plagiaire ou tout élève pompeur, mais sans se relire puisqu’elle a oublié d’enlever l’espace entre « l’Inde » et la virgule suivante et de corriger le solécisme de la dernière phrase.

Quant à la source, c’est de son coreligionnaire Hervé Kempf, certes écrivant dans Le Monde, dont il s’agit, lequel a rapporté une affirmation, non étayée, des Amis de la Terre (Friends of the Earth). (Voir, pour le texte maintenant payant dans les archives du Monde les Libéraux [5] et, pour FoE, les Amis de la Terre [6]).

Des contre-vérités pour contrer de prétendues « contre vérités »

Mme Robin a – bien entendu puisque « mon livre » est l’alpha et l’oméga de sa pensée – recopié une partie importante de son livre (ça va jusqu’à « Propagande et monopole »). Oops ! Si l’on en croit l’ancien blog [7], ça va même jusqu’à la fin.

Il est intéressant de revenir sur les documents de 2003 et 2004 qui ont (en quelque sorte, puique cela permet à Mme Robin de s’épancher) l’heur de lui déplaire, notamment une étude de Qaim et Zilberman dont elle dit :

« Ce qui gêne réellement dans cet article qui glorifie la performance extraordinaire du coton Bt, commentera The Times of India, c’est qu’il est fondé exclusivement sur des données fournies par Mahyco Monsanto, concernant un petit nombre d’essais sélectionnés par la firme, et pas sur les résultats provenant des champs des paysans lors de la première récolte de coton Bt. »

Problème : la citation est quelque peu bricolée (ce qu’aucun auteur sérieux ne fait).

Problème : ce n’est pas le Times of India qui commente, mais une autre missionnaire anti-OGM, Suman Sahai, présidente de Gene Campaign, dans la rubrique opinions du journal [8].

Problème : l’attaque de Mme Sahai est vicieuse. L’étude incriminée [9] précise que des essais ont été menés en plein champ en 2001 sur 395 fermes dans sept Etats ; qu’ils ont été « initiés » par Mahyco, mais également « supervisés » par les autorités de régulation ; et que les parcelles (646m2, ce qui est une belle taille) ont été « gérées par les agriculteurs eux-mêmes, utilisant leurs pratiques habituelles ».

Problème : la conclusion prêtée aux auteurs leur est bien prêtée en ce qui concerne le « jusqu’à 88 % ». Ils ont certes écrit dans leur résumé que le cotonnier Bt « réduit les dégâts causés par les insectes nuisibles et augmente les rendements de manière substantielle », mais, en scientifiques honnêtes, ils se sont bien gardés de s’engager sur le terrain de la quantification. Sauf à préciser que la pression du ver de la capsule a été exceptionnellement élevée en 2001 – laissant donc entendre que les 80 et 87 % d’écart avec les témoins étaient donc supérieurs à la normale (évaluée à 60 % sur la période 1998-2001 et sur la base d’essais à plus petite échelle).

Notons encore qu’il y a une grosse différence entre 87 et 88 % : c’est celle qui sépare la citation correcte (même si, en l’occurrence, elle est fausse dans le contexte dans lequel elle a été mise) de la citation fausse tout court.

L’article de Qaim et Zilberman a été critiqué, y compris par des pro-OGMs ; mais cela ne change rien aux observations qui précèdent.

Mme Robin s’en prend également à l’Agence France Presse, coupable de véhiculer de la désinformation, mais sans lui jeter la pierre – évidemment, quand on est journaliste, il vaut mieux ménager l’AFP. La dépêche de l’AFP [10] fait état d’une augmentation de rendement allant jusqu’à 80 %, et Mme Robin ajoute la citation suivante : « [l]es résultats [des] travaux [de Qaim et Zilberman] sont surprenants : on n’avait jusqu’à présent observé qu’une progression dérisoire des rendements, dans des études similaires menées en Chine et au États-Unis... »

La citation est exacte, mais problème : les points de suspension remplacent l’explication fournie par la revue Science et reprise par l’AFP, à savoir : « c’est-à-dire des zones de climat tempéré ». Du reste, l’AFP a ajouté :

« C’est dans les zones tropicales et sub-tropicales que la menace des insectes est la plus forte, beaucoup plus qu’en Chine ou aux Etats-Unis, où les études ont été menées en premier. De plus, les pays pauvres ont moins de moyens pour recourir aux pesticides : les insectes ne détruisent aux Etats-Unis que 12% des la production contre 50 ou 60% en Inde. »

En d’autres termes, les résultats sont surprenants par leur ampleur et non, comme on pourrait le croire à la lecture de Mme Robin, par un défaut de vraisemblance.

Autrement dit, en matière de désinformation, on peut reprendre ce qui se dit dans les cours d’écoles primaires : « c’est celui qui dit, qui est » ! Il en est de même pour l’affirmation selon laquelle la revue Science ferait partie des « revues scientifiques prestigieuses [qui] ont rarement – pour ne pas dire ’jamais’ – la bonne idée de vérifier l’origine des données présentées ».

Au total...

Mme Robin ne nous a toujours rien expliqué.

Le commentaire refusé par Mme Robin :

Le coton Bt serait un désastre en Inde ? Allons donc !

L’article du Telegraph of India que vous citez [2], Mme Robin, nous apprend que :

« Les agriculteurs ont adopté le coton OGM, qui occupe maintenant jusqu’à 90 pour cent de la surface dans certaines régions et a quasiment éliminé le ravageur cible – le ver de la capsule. La production annuelle de coton de l’Inde a bondi de 3 millions de tonnes à 5,3 millions de tonnes au cours de la dernière décennie. »

Des désastres comme celui-là, on en voudrait tous les jours, particulièrement dans les pays en développement.

Soyons cependant sérieux : ce bond n’est pas dû uniquement aux variétés Bt.

Pour le comprendre, il suffit de chercher les statistiques officielles, ce qui est enfantin. On les trouve à [11] (si vous êtes dérangés par le corp dans l’adresse, notez bien le gov). On y voit que la surface cultivée a augmenté d’un tiers entre 2002-03 (l’année où le cotonnier Bt a été autorisé à la culture) et 2009-10 (de 7,667 à 10,171 millions d’hectares – un lakh = 100.000).

On peut donc s’autoriser à penser que la production de coton est devenue intéressante. Eh bien, regardez bien la série statistique des rendements (en kg/ha ; Mme Robin, lint, c’est la fibre, pas une unité de mesure) :

2000-01 278
2001-02 308
2002-03 302
2003-04 399
2004-05 470
2005-06 478
2006-07 521
2007-08 554
2008-09 524
2009-10 488

Verdict : entre 2002-03 (année...) et 2009-10 on est passé de quelque 300 kg/ha (chiffre dans la fourchette de la décennie précédente) à quelque 500 kg/ha.

Voilà un désastre (plus 66 pour cent) qui nous fait pâlir d’envie...

Là encore, on n’attribuera pas l’augmentation de rendement aux seules variétés Bt. Mais tout de même, la part du cotonnier Bt dans la sole totale est passée de 0 en 2002 à 66 pour cent en 2007 et on en est aujourd’hui à quelque 80 pour cent [12]. En d’autres termes, c’est un facteur essentiel de l’augmentation des rendements.

Ah, mais le Dr. Kranthi a (aurait) « publié un rapport très critique sur les effets dramatiques à moyen terme du coton BT qui a entraîné l’apparition d’insectes très virulents ainsi qu’une baisse substantielle des rendements » ! (Curieuse, cette notion d’insecte virulent...) Eh bien, j’ai lu l’article du Telegraph of India, et je ne trouve rien de « très critique ». Mais c’est peut-être là une question d’appréciation.

L’élimination du ver de la capsule et surtout la réduction des traitements insecticides a évidemment ouvert la porte à d’autres ravageurs. Rien que de très normal, hélas. Deux scientifiques l’ont noté dans l’article du Telegraph of India, mais les tenants de la thèse du désastre rejetteront sans nul doute l’avis de scientifiques inféodés, ou semblant l’être, à l’industrie honnie. Peut-être l’accepteront-ils du Dr Kranthi, qui a dit la même chose dans une autre interview [13].

D’autre part, le Dr Kranthi note que « 90 pour cent des hybrides GM actuels de cotonnier semblent susceptibles à la cochenille et aux aleurodes ». Il y en a donc 10 pour cent (quelque 60 tout de même à l’heure actuelle, sans compter tout ce que la recherche peut sortir en peu de temps) qui sont résistants ou tolérants. Il y a donc là un embryon de solution, sinon plus. Quant aux « insecticides extrêmement toxiques » qui devraient être utilisés pour maîtriser ces ravageurs, un peu de mesure serait bienvenu : ils ne sont guère plus toxiques que ceux qui étaient déversés en quantité pour combattre le ver de la capsule avant l’avènement du Bt.

Il y a encore la « baisse substantielle de rendement ». Au vu de la série statistique, on peut tout aussi bien considérer que les années 2006 à 2008 ont été exceptionnelles, le rendement de 2009 étant au niveau de ceux de 2004 et 2005. Que la culture du cotonnier s’est développée dans des zones moins favorables, ce qui fait arithmétiquement chuter le rendement national moyen. Et que la météo y était peut-être aussi pour quelque chose. Enfin, beaucoup d’explications prosaïques plus convaincantes que l’effondrement du système – pardon, des systèmes – Bt.

Mais laissons la parole au Dr Kranthi et à d’autres scientifiques : ils mettent en cause, tout au moins en partie, les mauvais choix variétaux, ainsi que l’absence de vulgarisation dans de nombreux Etats. Laissons la aussi à l’Institut du Dr Kranthi : les informations recueillies auprès des neuf principaux Etats cotonniers indiquent que les rendements ont augmenté avec l’introduction du coton Bt [14].

L’analyse qui précède est évidemment contredite par la foultitude de pièces (dont de nombreuses « antiquités ») que l’on trouve bizarrement tout en haut de la liste de résultats d’une recherche sur l’Internet. A l’aune du succès rencontré par le cotonnier Bt en Inde, il faut croire, si l’on donne quelque crédit à ces pièces, que les millions d’agriculteurs qui ont essayé le cotonnier Bt et l’ont adopté sont soit des idiots congénitaux, déterminés à courir au désastre, soit de généreux philanthropes, disposés à enrichir l’industrie semencière, Monsanto en tête.

A d’autres !

PS : Depuis que je vous ai envoyé le commentaire ci-dessus, qui vous a peut-être échappé, j’ai lu que la Tanzanie s’apprête à mettre le cotonnier Bt en culture et que le Kenya va le tester (évidemment en vue de la culture). Le Burkina Faso a déjà franchi le pas.

Quant à l’aubergine Bt, le Gouvernement des Philippines a rejeté en termes vifs un appel à cesser l’expérimentation [15].


4 commentaires

1

Cultilandes

27 Aug 2010 - 23:16


Sur les suicides des paysans indiens dont la légende dit qu’elle serait due aux coton BT :

http://www.ifpri.org/sites/default/...

2

oldcola

28 Aug 2010 - 17:45


Ingénieur Agronome Anonyme,

Je te salue, te remercie pour ton commentaire et si MMR n’en a pas voulu moi je m’en servirai (respectant la licence CC), toujours intéressant d’avoir des données sous la main.

Et bien entendu remerciements au patron du site que je découvre, grâce à @tpoi et @portulan

3

justacause

31 Aug 2010 - 02:33


quantité = qualité ?

4

Jeff

1 Jan 2011 - 11:18


Encore un tissu de mensonges sur un site des lobbys Pro-OGM .... ça en devient affligeant de lire autant de propos mensongers !



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